mercredi 30 mars 2011

Le Bardot des mots

Petit texte oral de François Morel, retranscrit par mes soins :

"Comme l’oryx de Libye, l’ours blanc, l’hippopotame, ou la gazelle du désert, les mots sont une espèce en voie d’extinction. Petit à petit, sans qu’on n’y prenne garde, des mots meurent, dans l’indifférence générale. On devrait se recueillir sur la tombe du mot inconnu, tombé au champ d’honneur de nos conversations frivoles. On devrait rendre hommage aux mots, qui n’ont pas démérité, mais qui disparaissent un jour parce qu’ils ne servent plus à rien, ni à personne.

Les mots sont une catégorie en voie d’exclusion. C’est la crise, on n’y peut rien. Les mots sont au chômage quand on ne les emploie plus, et finissent par mourir sur le trottoir de nos indifférences. Sur des cartons pathétiques, on peut lire des appels au secours : "Cénobiarque", oublié. "Calomniographe", inemployé. "Grimauderie", sans ressources. C’est triste, je sais bien. Mais que voulez-vous ? On est tellement sollicité... On ne les regarde même plus, ces mots à l’agonie.
Le ciel, plus jamais, ne sera nubileux…"

5 commentaires:

  1. J'aime bien cet article.
    C'est d'autant plus triste quand une poignée tente de les réinsérer, et se fait rire au nez par le reste de la société...
    Céline

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  2. Bon article, merci pour la retranscription !
    Oui, certains mots disparus ou en voie d'extinction sont pourtant bien plus beaux que les emprunts plus ou moins anglo-saxons et souvent lexicalement nidoreux qu'il est à la mode de dévider et d'écrivasser dans notre société philostrophe...
    Comme le remarque Céline, qu'on utilise ces mots, et l'on est tout de suite condamné pour euphuisme, préciosité, ou que sais-je encore.

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  3. Un ciel nubileux... J'en ai la nausée rien qu'à en épeler les syllabes, et ma foi, je crois que notre langue se remettra fort bien de cette perte.

    Il est amusant de penser qu'il se trouvait sans doute à une époque des gens de votre acabit pour grincer de la disparition du vocable celte devant l'arrivée des mots spécialisés des latins.

    Ma foi, je crois que notre langue se remettra fort bien de cette perte.

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  4. Je n'ai pas besoin d'ecrire de facon pedante (si tu ne connais pas cherches dans le dictionnaire) pour me rendre compte que plus personne ne sait parler francais.
    Mais se rendre compte que certains mots existent parce qu'ils ont un sens precis. Tous les mots peuvent etre utilisés, mais aujourd'hui on se rend compte qu'on n'en utilise presque plus, une poignee, les plus efficaces, les plus pauvres pour certains. Ca demontre quoi ? Une pauvreté de la pensee ?

    Sans meme aller jusqu'au vocabulaire, je te signale anonyme tu écris sans fautes, tu fais parties -peut etre contre ton gré - de "notre acabit"
    Céline

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  5. Tout cela n'est pas dû au hasard. Lire :
    http://syti.net/SilentWeapons.html
    "La qualité de l’éducation à donner à la classe inférieure doit être du genre le plus pauvre de telle sorte que le fossé
    d’ignorance séparant la classe inférieure de la classe supérieure soit et reste insurmontable pour la classe inférieure. Avec un tel handicap initial, même les individus brillants des classes inférieures ont peu d’espoir de se sortir eux-mêmes de la situation de vie qu’on leur a imposée. Cette forme d’esclavage est essentielle pour maintenir une
    certaine mesure d’ordre sociale de paix et de tranquillité pour la classe supérieure dirigeante."

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