mercredi 30 mars 2011

Le Bardot des mots

Petit texte oral de François Morel, retranscrit par mes soins :

"Comme l’oryx de Libye, l’ours blanc, l’hippopotame, ou la gazelle du désert, les mots sont une espèce en voie d’extinction. Petit à petit, sans qu’on n’y prenne garde, des mots meurent, dans l’indifférence générale. On devrait se recueillir sur la tombe du mot inconnu, tombé au champ d’honneur de nos conversations frivoles. On devrait rendre hommage aux mots, qui n’ont pas démérité, mais qui disparaissent un jour parce qu’ils ne servent plus à rien, ni à personne.

Les mots sont une catégorie en voie d’exclusion. C’est la crise, on n’y peut rien. Les mots sont au chômage quand on ne les emploie plus, et finissent par mourir sur le trottoir de nos indifférences. Sur des cartons pathétiques, on peut lire des appels au secours : "Cénobiarque", oublié. "Calomniographe", inemployé. "Grimauderie", sans ressources. C’est triste, je sais bien. Mais que voulez-vous ? On est tellement sollicité... On ne les regarde même plus, ces mots à l’agonie.
Le ciel, plus jamais, ne sera nubileux…"